Aller directement au contenu
Numérique.ca

Messageries instantanées : jeunesse et maturité

Une technologie issue du marché grand public, la messagerie instantanée attire de plus en plus l'attention des grands fabricants qui font des pieds et des mains pour s'accaparer le marché corporatif.

En juillet dernier, Microsoft annonçait avec fierté qu'elle avait réussi à nouer des ententes multipartites avec AOL et Yahoo, pour assurer l'interopérabilité de leurs applications de messageries instantanées avec le serveur Office Live Communications  de Microsoft (lui-même, tout naturellement, en soi compatible avec Windows Messenger).

Le principe de base de ces messageries est fort simple. Dès qu'est lancé le logiciel de messagerie (ce qui est fait habituellement automatiquement dès l'ouverture de l'ordinateur), celui-ci entre en contact avec le serveur de messagerie situé chez le fabricant du logiciel et indique ainsi que vous êtes " en ligne ". L'astuce consiste à donner la permission à vos amis et à vos connaissances d'être notifiés par le serveur, dans leur logiciel de messagerie, de votre arrivée en ligne (ce sont les listes de copains ou buddy list en anglais).

Ainsi, une fois repérés entre eux, les partenaires peuvent par la suite échanger par texte (avec le vocabulaire abrégé dit " texto "), téléphonie ou même vidéoconférence, ou encore transférer des fichiers. Vous désirez un peu d'espace privé? Vous n'avez qu'à ajuster votre statut, qui sera automatiquement retransmis à vos copains, pour qu'il affiche que vous êtes " parti(e) manger ", " en communication téléphonique ", " absent(e) ", etc.

Cette entente met donc fin à une guerre d'usure qui sévissait depuis quelques années entre ces protagonistes, conflit qui s'est déroulé principalement sous des auspices technologiques. En effet, à l'origine, les formats de communications des applications de messagerie instantanée d'AOL, Yahoo et Microsoft étaient propriétaires et de ce fait incompatibles entre eux. On se souviendra qu'à l'été 2000 Microsoft avait rendu son application Windows Messenger compatible avec l'application d'AOL, alors nommée AIM et qui regroupait le plus d'internautes. AOL avait réagi en modifiant AIM pour la rendre incompatible avec Windows Messenger. Ce chassé-croisé de formats compatibles/incompatibles était devenu monnaie courante, ce qui rend la nouvelle entente encore plus surprenante.

Pourquoi un tel revirement ?

Si jusqu'à présent la technologie de messagerie instantanée était surtout l'apanage des jeunes adolescentes (la socialisation de la " gang " transposée en ligne), elle devient de plus en plus répandue dans les entreprises, au point que l'on parle désormais d'EIM (Enterprise Instant Messaging).

À plusieurs égards, les messageries instantanées permettent d'épargner du temps : pourquoi se heurter au mur de la boîte vocale quand vous pouvez être automatiquement averti(e) que votre collègue est de retour à son bureau et qu'il ou elle pourra répondre à votre appel? Pourquoi utiliser le téléphone, avec tous les risques de déraper dans une longue conversation, lorsque vous pouvez utiliser des échanges ponctuels, directs et courts (l'écriture " texto " vise à raccourcir les échanges par l'utilisation systématique d'abréviations)? Pourquoi se contenter d'un simple appel ou courriel, quand on peut avoir, dans une même application, téléphone, vidéoconférence, courriel, transfert de fichier, partage d'écran, etc.?

Marché de 800 M $ US en 2007

Selon une étude menée par la firme de recherche Forrester, le marché des applications de messageries instantanées en entreprise passera de 187 millions $ US qu'il était en 2003 à plus de 800 millions $  US d'ici 2007. Un marché aussi alléchant, on s'en doute bien, est un incitatif de taille à mettre les vieilles querelles de côté : tout marché de communication ne saurait être viable sans l'instauration sinon d'une norme universelle, à tout le moins d'une compatibilité de base entre les différents joueurs. Surveillez bien les autres grands joueurs de l'industrie, notamment IBM et Sun, qui feront probablement leur entrée sur ce marché sous peu, maintenant qu'il est " universalisé " et sous l'étiquette " entreprise " de surcroît…

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que cette entente ne tient que pour le serveur Office Live Communications, les internautes batifolant à l'extérieur des réseaux d'entreprise, ne pourront bénéficier de l'interopérabilité des applications de messageries instantanées. Savourons ici, encore une fois, le flair stratégique de Microsoft.

Nul doute que Office Live Communications Server sera le vecteur idéal pour distribuer sa propre application de messagerie instantanée… Mais ses concurrents font face à une alternative encore plus déplaisante : la perspective de voir un marché d'EIM, insufflé par les visées d'affaires de Microsoft, s'ériger ainsi en dehors de leur zone d'influence (les internautes individuels). Mais gageons, aussi, que cette nouvelle interopérabilité saura inspirer d'autres fabricants de solutions à proposer leur propre version de serveur de messagerie instantanée pour entreprise.

Enfin, je m'en voudrais de ne pas souligner une particularité intéressante de la technologie des messageries instantanées. Alors que dans le passé la plupart des technologies étaient issues du milieu des affaires, qui en défrayait les coûts en recherche et développement, avant qu'elles ne soient proposées au grand public, les messageries instantanées sont nées au contraire dans le grand public avant de mûrir en entreprise. Voici donc un des rares cas où l'usage individuel d'une technologie déterminera les modalités de son adoption institutionnelle. À suivre…

Source : André Mondoux est un collaborateur régulier de Direction informatique Express et du magazine Direction informatique.